Un cheval de Troie moléculaire pour éliminer les tumeurs


Des chercheurs sont parvenus à acheminer un médicament au cœur de sa cible cellulaire à l'aide d'un lipide présent dans le sang. Un nouveau concept thérapeutique de « vectorisation indirecte » d’anticancéreux est né.

La plupart des cellules tumorales ont besoin des lipoprotéines du sang pour se multiplier. Partant de ce constat, des chercheurs de l’Institut Galien1CNRS/Université Paris-Sud/Université Paris-Saclay ont mis au point une stratégie visant à duper les tumeurs en combinant la gemcitabine, une molécule anticancéreuse, au squalène, un précurseur du cholestérol qui, tout comme lui, peut être transporté par les lipoprotéines.
Après avoir constaté qu’un tel couplage augmentait l’activité antitumorale de la gemcitabine en la maintenant plus longtemps dans la circulation sanguine, l’équipe a ensuite voulu déterminer son mode d’action. Pour cela, elle a étudié le comportement de nanoparticules associant l’anticancéreux au précurseur du cholestérol dans des échantillons de sang humain puis chez l’animal.
Après désagrégation des nanoparticules dans la circulation sanguine, la gemcitabine « squalénisée » est aussitôt captée par les lipoprotéines. Ce n’est finalement qu’une fois intégrée à ces dernières que l’anticancéreux peut être capturé par les cellules tumorales via leurs récepteurs de lipoprotéines.
En montrant qu’il est possible d’insérer le principe actif d’un médicament dans une cellule par le biais d’un intermédiaire moléculaire, ces travaux posent les jalons d’un nouveau concept thérapeutique qui s’apparente à un véritable cheval de Troie moléculaire.

Nature Communications, mai 2017