Quand les hommes parlent en sifflant


L’étude de la parole sifflée, une forme de communication encore pratiquée à travers le monde, permet de mieux comprendre les mécanismes du langage.

Le ‘kusdili’– « langue des oiseaux » en turc – figure désormais sur la Liste du patrimoine immatériel nécessitant une sauvegarde urgente de l’Unesco. Le ‘Silbo Gomero’, la langue sifflée espagnole des bergers des Canaries, est inscrit sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité depuis 2009. Il s’agit bien, dans ces deux cas, de la langue turque et de la langue espagnole développées en sifflements, souvent pour communiquer sur de longues distances.

« Lorsque les sons se dégradent, utiliser des fréquences hautes en une bande de fréquences étroite comme le sifflement est une stratégie pour se faire entendre loin, d’autant plus que c’est ce type de son que l’oreille humaine discrimine le mieux », explique Julien Meyer, du Laboratoire Grenoble images parole signal automatique1CNRS/Grenoble INP/Université de Grenoble-Alpes. En jouant sur de fines variations sur la fréquence, l’amplitude et la durée du sifflement, il devient possible de composer des sons de la parole humaine, des mots et des phrases imitant ceux produits plus communément avec la voix.

« L’identité du “i” est plus dans les aigus que celle du “o” qui se situe plus dans les graves, donne en exemple Julien Meyer, avec l’habitude, on apprend à les reconnaître et à les rattacher à leur forme parlée. » L’étude des langues sifflées permet ainsi de mieux comprendre ce qui déclenche la compréhension d’une phrase en général, notamment notre flexibilité perceptive. « Nous travaillons aussi maintenant sur les stratégies de parole tambourinée d’Afrique et d’Amazonie ou de parole criée en français par exemple. Ces données nous éclairent sur les facultés d’adaptation de la parole en général. »